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Le retour du pèlerin

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Avant le Népal

Rentré en France depuis mars 2020, je pensais au départ que toute cette histoire de covid ne durerait pas plus de trois mois. J’étais persuadé de repartir à la fin de l’été. Mais force est de constater que ça n’a pas été le cas. J’ai plutôt bien vécu le premier confinement, je retrouvais un peu de confort et tout était devenu plus lent, c’était agréable. Mais au bout d’un moment, je commençais un peu à tourner en rond. Heureusement , j’ai pu aller la plupart de mon temps en tant que bénévole sur un projet de ferme urbaine à quelques minutes de chez moi.

Je suis aussi parti trois semaines en Dordogne chez une amie de ma tante, pour travailler en tant que saisonnier dans une noyeraie. Ce n’était pas facile mais ça permettait de découvrir quelque chose de nouveau.

Je m’intéresse de plus en plus au yoga et je pratique doucement chez moi. Vers Octobre, j’apprends que l’ashram que j’avais visité en Inde propose un programme de sept mois pour transformer notre vie, rien que ça ! Pour reprendre leurs mots, le programme est fait “pour la transformation intérieure, pour ceux qui cherchent à établir l’équilibre et la clarté, la stabilité émotionnelle, la croissance spirituelle, ou pour vivre une vie intense et énergique.”

Un des pré-requis est de faire une petite pratique quotidienne de 21 minutes qu’ils enseignent. Le problème est que tous les centres sont fermés à cause du covid. Ils finissent par organiser un cours en ligne prévu pour fin janvier 2021. Je m’y inscris et entre-temps, je continue de regarder les ouvertures de frontières. Je vois que le Népal vient de rouvrir ses frontières mais rien n’est clair et les conditions sont contraignantes. Il faut booker un trek avec une agence pour avoir le droit au visa, en plus des multiples test PCR et documents à remplir. Mi janvier, je discute avec une personne (Kévin) qui vient d’arriver au Népal. Il m’explique que les conditions d’entrées viennent d’être allégées et me donne le détail des documents à avoir. Je finis ma formation et achète un billet dans la foulée pour un départ trois jours plus tard. Je vais chercher mon visa à l’ambassade à Paris.

Coup de chance, car quatre jours plus tard, il sera interdit de quitter le territoire français sans motif impérieux.

Changement d’ambiance

A l’ambassade, on m’avait dit qu’une quarantaine de 10 jours serait obligatoire à l’arrivée, mais lorsque je pose la question à la douane népalaise, on m’assure que ce n’est pas le cas. Je n’en fait donc pas. Les autres personnes que j’ai rencontrées ont eu le même discours que moi.

Le jardin de ma guest-house

Malgré une première vague et un confinement qui a duré plusieurs mois, je sens ici un vent de liberté. Tout est rouvert et ça fait du bien après ces derniers mois. Le peu de touriste présent me saute aux yeux. Dans le quartier hyper touristique de Thamel, à Katmandou, je ne croise que quelques étrangers que je fini par recroiser de jour en jour. Beaucoup de restaurants sont quasi vides, il n’est pas rare d’être seul dans un restaurant.

Aloo paratha

Dans les premiers jours, je fais aussi la rencontre de Laxmi, une népalaise qui vit à Katmandou. Le courant passe tout de suite et lorsque je lui propose de la rejoindre pour un café, nous y restons finalement plus de cinq heures. 

J’ai aussi fait la rencontre de Sangita dans l’avion. Elle est Népalaise mais vit en France depuis 18 ans. Elle revient régulièrement voir sa famille ici. Nous avons bien sympathisé et elle me fait visiter son quartier le temps d’une journée. Nous nous revoyons une fois ou deux autour d’une bière à l’un des nombreux bars de Thamel.

Je passe aussi une partie de mon temps avec Ivan. Je discutais aussi avec lui via Facebook à propos des formalités d’entrées. Il est arrivé trois jours après moi. 

Je reste quelques jours de plus à kathmandou que la semaine initialement prévue, pour passer un peu de temps avec Laxmi. Je loue un scooter et part visiter Pashupatinath, un temple sacré, Bodnath, l’une des plus grandes stupa du monde et deux trois autres endroits. 

Bodnath
Pokhara

Je fini par partir sur Pokhara. Seul étranger dans le bus, j’ai bien la confirmation que la situation est particulière. Arrivé là-bas, je file directement au lodge où j’étais resté en 2018, mais je m’installe finalement dans celui juste à côté, le Palm garden Lodge. La vue sur le lac est sympa mais je vois que ça a beaucoup construit en trois ans. J’y paie ma chambre 500 roupies népalaise par nuit, soit 3,5€ avec le taux de change actuel.

Vue de ma chambre sur le lac Phewa

La Saint Valentin approche, l’occasion pour Laxmi de venir me rejoindre pour quelques jours. Le trajet en avion dure une trentaine de minutes (contre 7h en bus) et coûte moins cher pour les népalais (20€ contre entre 60 et 100€ pour les étrangers). Nous passons quatre jours ensemble.

Ivan me propose ensuite de l’accompagner pour une sortie d’une nuit à Australian Base camp, afin d’observer des dizaines d’aigles et autres volatiles. C’est une mise en jambe bienvenue pour les treks que je souhaite faire ensuite. Nous marchons deux ou trois heures pour atteindre notre objectif. De là, nous pouvons en effet observer nos amis à l’aide des jumelles d’Ivan mais aussi à l’œil nu. Le lendemain, nous marchons un peu plus et revenons sur Pokhara.

Australian Base Camp avec Ivan et Vinod

Je rejoins ensuite mon ami Varat dans sa ferme, à une demi-heure de Pokhara. J’étais déjà venu il y a trois ans et je suis heureux de le retrouver. J’ai ramené quelques graines, notamment des variétés de tomates qu’ils n’ont pas l’habitude de voir ici ( tomate ananas, noire de crimée, cœur de bœuf, …) que je sème en godet puis replante en pleine terre. Je dors à la ferme, dans la même chambre que j’avais il y a trois ans, mais je remonte chez Varat pour manger le matin et le soir. Le midi, sa femme nous apporte ou prépare quelquechose directement à la ferme.

La ferme de Varat

 Il n’a plus qu’une seule vache contre une dizaine la dernière fois, mais il a maintenant des poules et des chèvres. On construit d’ailleurs un enclos pour ces dernières car elles ont tendance à manger tout ce qu’elles trouvent. Je suis un peu triste car il a dû rendre le terrain où cinq serres en bambou avaient été construites. Il n’en a donc plus aucune. J’essaye de le motiver à en reconstruire une mais le temps passe et nous ne le faisons finalement pas.

 J’apprends au passage qu’il s’est engueulé avec l’association Française qui l’aidait et lui apportait quelques volontaires de temps à autres. Je comprends maintenant pourquoi il n’a pas trop le moral. Je ne reste qu’une petite semaine car Laxmi arrive le lendemain pour un trek de 5 jours, le balcon des Annapurnas.

Laxmi et moi au départ de notre trek

 On fait les derniers achats et on prend un taxi qui nous dépose à Nayapul, notre point de départ. On ne croise pas un seul autre randonneur la première journée. Il faut dire qu’avec le Covid, ça vient tout juste de réouvrir. D’ailleurs, le premier soir, un lodge nous refuse car « Comme ça fait un an qu’on a reçu personne, c’est pas nettoyé et on veut pas tout nettoyer juste pour deux personnes », le second lodge ne sait plus où sont les clefs des chambres. Un vieil homme, qui était assis là, a plaidé pour notre cause et la gérante a finalement accepté. C’était très bien et c’est Laxmi qui prépare le petit déjeuner. Les jours suivants, nous avons croisé quelques personnes mais c’était assez rare. Lors d’un checkpoint, le policier chargé de vérifier les permis m’a dit que j’étais le premier étranger qu’il voyait depuis un an.

 Le point culminant du trek était le lever de soleil à Poon Hill à environ 3000 mètres d’altitude. Il faisait un peu frais mais les marches pour y arriver n’ont pas mis longtemps à nous réchauffer.

On s’est finalement arrêté à Gandruk, soit une étape plus tôt que ce que nous avions prévus et nous avons pris une jeep partagée pour rentrer sur Pokhara. Comme j’étais un étranger, j’ai dû payer ma place le double des Népalais. On a alors négocier d’avoir la banquette pour nous, c’est-à-dire 3 places au lieu de deux.

Laxmi est restée quelques jours de plus et est retournée sur Kathmandou. Je suis retourné à la ferme de Varat où l’on a cette fois-ci construit cette fameuse serre en bambou. J’ai continué à prendre soin des plantes que j’avais semé plus tôt et j’ai en ai semé quelques-unes de plus. Au cours d’une partie de volley-ball, j’ai aperçu la directrice de l’asso française sur la route en contrebas. Je ne l’avais jamais rencontrée jusque là. J’ai été la voir et nous avons discuté un bon moment. J’ai pu entendre un autre « son de cloche » de l’histoire. J’étais triste mais il était clair que c’était aller trop loin pour qu’ils puissent se rabibocher. Entretemps, j’apprends que je suis accepté pour l’ashram, je suis ravi. Après une dizaine de jours, je rentre à Pokhara. 

Circuit des Annapurnas

J’avais maintenant le projet de faire le trek du tour des Annapurna. Il dure entre quinze jours et trois semaines et monte à plus de 5400 mètres. C’est un des trek les plus fréquentés du Népal, et l’occasion de le faire sans presque aucun touriste était trop belle.

Mon voisin de chambre me fait un peu peur sur le choix de mes chaussures, des Décat’ à 30€ vendu pour « des courtes randonnées d’une à deux heures ». J’ai clairement fait tous les magasins de Lakeside, la rue touristique de Pokhara, mais je n’ai pas trouvé de chaussures à ma taille. Il faut dire qu’ils ne doivent pas avoir beaucoup de demandes pour du 48. A Kathmandu, j’ai aussi fait pas mal de magasins, et à part une marque Italienne à 230€ la paire, je n’ai rien trouvé non plus. J’ai donc décidé de partir comme ça.

J’avais hésité à le faire seul mais au vu du peu de monde qu’il y aura, j’ai finalement choisi de le faire avec un couple de Français qui était resté en Inde depuis le début du Covid et qui vient d’arriver au Népal.

Local bus 🙂

Malheureusement, je chope un rhume quelques jours avant le départ. Mais comme les premiers jours de treks sont à basse altitude, j’espère avoir le temps de guérir avant d’attaquer le dur. On prend donc notre bus jusqu’au point de départ : Besi Sahar.

Besi Sahar se trouve à 760 mètres d’altitude soit plus bas que Pokhara (822 m) ou Kathmandou (1400 m), bien qu’on soit plus au nord. Les premiers jours sont donc assez tranquilles mais les jambes chauffent quand même. On met une petite semaine pour arriver jusqu’à Manang (3519 m), dernier village joignable par la route récemment construite. On y retrouve Romain et Tiphy avec qui l’on s’est doublés plusieurs fois sur les derniers jours ainsi que Sangam, un indien qui faisait son trek seul jusque là.

On reste trois nuits à Manang. Non pas que ça vaille le détour plus que ça, mais il y a plusieurs choses à faire aux alentours. Le premier jour, je pars avec Emile et Sangam à Milarepa Cave où ce dernier aurait médité avant de trouver l’illumination. Le deuxième jour, je suis trop fatigué, mais mes deux compères vont au Ice Lake, qui n’est en fait pas gelé… Moi, je reste avec Clémence et l’on visite les alentours proches du village.

On a trouvé un magasin où pas mal de produits sont périmés mais encore bon à manger … ou à boire. En effet, on s’achète quelques bières pour encore moins cher qu’à Katmandou et on se fait un apéro avec Romain et Tiphy. Le lendemain, nous continuons la route tous les six pour aller au Tilicho Base camp. Cette étape n’est pas obligatoire mais permet de monter jusqu’au Tilicho lake (4900m), plus haut lac du monde jusqu’en 2019. Un nouveau lac, toujours au Népal, aurait été découvert à 5200m en 2019.

Vue sur la vallée près de Manang

La journée pour monter au lac est difficile, presque 1000m de dénivelé positif, surtout que mon rhume n’est toujours pas fini et que j’ai du mal à respirer. Je marche péniblement avec Clémence à mes côtés. Emile, Sangam, Romain et Tiphy sont loin devant nous. Lorsque j’aperçois au loin un népalais avec son cheval, je le vois comme le messie. Je lui demande le prix pour aller jusqu’au lac. Il me répond 500 roupies. Je dis oui direct, et je monte sur le pauvre équidé. Le cheval a aussi du mal, il fait des pauses tous les 20 mètres. Je veux descendre et continuer à pied, mais le type me dit qu’il n’y a pas de soucis, que le cheval est habitué. Après une heure, on arrive tant bien que mal en haut, quasiment en même temps que Clémence qui a continué à pied.

Je lui tend un billet de 500, mais il me dit que le prix est 4500 (un peu plus de 30€). Je demande à Clémence ce qu’elle a entendu et elle me confirme qu’elle a aussi entendu 500. Je lui propose 1500 mais il ne les accepte pas et me dit qu’il m’attendra à mon hôtel au retour. Je suis dégouté, j’ai l’impression d’avoir été piégé. Ça me gâche mon arrivée au lac et je n’en profite pas plus que ça. Je redescend assez vite car j’ai envie de régler cette histoire. A la guest house, il sont 5 ou 6 à m’attendre et me demande de payer. Ils insistent qu’ils ont bien dit 4500 et que c’est moi qui n’ai pas compris. Ça me met le doute mais on est quand même deux à avoir entendu la même chose. La « négociation » dure plus d’une heure et avec l’aide du gérant de la guest house, je donne finalement 2000 roupies et ils me laissent tranquille. La prochaine fois, je me rappellerais de bien demander le prix une deuxième fois. 

Après, cette mésaventure, nous continuons notre route. Nous dormons au plus haut lodge du trek, à Thorung High camp (4900m). On y mange notre Dhal bhat le plus cher (800 roupies si mes souvenirs sont bons) suivi d’une partie de carte autour du poêle. Ce n’est clairement pas ma meilleure nuit, j’ai froid et j’ai du mal à respirer. Nous partons à l’aube pour l’ascension finale. Après quelques heures, nous arrivons au « Thorong la pass », à 5416 mètres.

 On y reste au moins une heure à profiter du moment puis l’on commence la longue descente jusqu’à Muktinath (3700m). Pour éviter la tension sur les genoux, je me fais même quelques parties en courant. Sangam doit retourner en Inde et nous quitte ici, en bus. A la prochaine étape (Jomsom), Romain et Tiphy nous quittent également. 

Nous y restons deux nuits avec Emile et Clémence. De là, on marche jusqu’au prochain village puis prenons nous aussi un bus pour quelques heures afin d’arriver à Tatopani. Comme le nom du village l’indique (Tato = chaud, pani = eau), nous profitons des sources d’eau chaude. Je retourne ensuite en bus sur Pokhara tandis qu’Emile et Clémence continuent pour aller vers Poon Hill que j’ai déjà fait.

Je reste une semaine à Pokhara, et j’en profite pour retourner voir une journée Varat à sa ferme.J’y vais d’habitude en taxi mais comme je n’ai pas de gros sac à porter avec moi, j’y vais cette fois-ci à pied. Ça me met un peu moins de deux heures. Tout a bien poussé, ça fait plaisir. Je vois d’ailleurs que les trois pieds de tomates que j’avais mis en pot uniquement dans du compost sont bien plus grands que les autres qui étaient dans de la terre. Je lui dit au revoir et rentre. Je quitte aussi Clémence et Emile avec qui j’ai passé des bons moments. 

Lockdown

A Katmandou, j’ai encore réservé dans un autre endroit, le Yog hostel. Il m’a été conseillé par Emile et ce n’est pas mal du tout. Je prends une chambre privée pour que Laxmi puisse me rejoindre jusqu’à mon départ dans une dizaine de jours. J’avais au départ pris mon retour pour le 14 avril, mais comme il avait été annulé, je l’avais reporté au 6 mai, ce qui me permettait de fêter mes 32 ans avec Laxmi. 

Deux ou trois jours après mon retour à Katmandou, les autorités ont mis en place un lockdown. On ne pouvait sortir qu’une heure le matin et l’après midi pour les courses. On a donc passé ces 10 jours à l’auberge, mais ça s’est très bien passé. D’une part parce qu’on passait la moitié de notre temps dans la cuisine partagée, d’autre part parce qu’il y avait d’autres voyageurs avec qui l’on s’entendait très bien.

Le 3 mai, jour de mon anniversaire, on lit partout dans les journaux que l’aéroport de Kathmandou sera fermé à partir du 5 mai au soir, soit la veille de mon départ … Un peu en stress, j’ai quand même l’intuition que je vais trouver une solution. J’espère un miracle, un peu comme mon départ d’Inde l’année précédente. Je vais quand même à l’hôpital pour réaliser mon test PCR et commence à regarder les autres vols. Je réfléchi aussi à peut être rester ici et prier pour que les vols rouvrent à temps pour que je puisse aller dans mon ashram en Inde. Finalement, le 4 mai, la nouvelle officielle tombe, les aéroports fermeront le 6 au soir. Encore une fois, la chance est de mon côté, je passe entre les mailles du filet.

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